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L’argent : un trouble-fête?


Hugo est très économe. Il a appris de ses parents que l’argent ne pousse pas dans les arbres et qu’il ne fallait pas le dépenser inutilement. «Il n’y a pas de mal à être proche de ses sous pour éviter de devoir dépendre des autres», songe-t-il quand sa conjointe Annie lui reproche de «budgéter trop serré» et veut le convaincre d’emprunter pour remplacer les vieux appareils ménagers ou pour faire l’achat d’une deuxième voiture, même usagée, qui serait si pratique pour tous les déplacements à faire. «Il me semble que ce n’est pas trop demandé; ce n’est pas un luxe quand même! Il faut bien vivre après tout».


Annie vient d’une famille plus aisée. Enfant unique, elle avoue elle-même n’avoir jamais eu de soucis d’argent, mais se défend bien de vouloir le jeter malgré tout par les fenêtres. Hugo, pour qui juste le mot «endettement» le met en panique, estime qu’elle n’a aucune valeur de l’argent et qu’elle doit apprendre à se serrer un peu plus la ceinture. Il est vrai qu’avec deux enfants et des revenus moyens, ils ne roulent pas sur l’or.


Tant bien que mal, ils ont fait des concessions de part et d’autre mais rien n’y fait pour résoudre leur divergence. «Nous sommes trop différents face à l’argent; on n’arrive plus à en discuter calmement et notre relation tourne au vinaigre. Si on ne fait rien que va-t-il advenir de notre amour et de notre couple?»


Argent et sécurité matérielle font la paire.

Une des sources de conflits dans un couple, c’est la gestion du budget familial. Le rapport à l’argent est d’autant plus problématique qu’il touche directement le besoin fondamental de sécurité matérielle : travailler, se loger, se nourrir, se vêtir, faire des projets et des économies pour assurer le bien-être familial et bien d’autres préoccupations pour éviter l’appauvrissement. Le stress et l’anxiété que tout cela engendre augmentent les tensions dans le couple d’autant plus si l’éducation reçue face à l’argent n’a pas été la même.


Qui peut prétendre aujourd’hui être totalement à l’abri d’un revers de fortune? Nous vivons dans un monde de précarités financières et économiques. Le marché de l’emploi est toujours incertain; les revenus n’augmentent pas au même rythme que le coût de la vie; les charges fiscales sont trop lourdes. Le ratio de la dette des ménages québécois était de 146 % en 2014. Un seuil limite est atteint et dans un tel contexte qui ne se sent pas pris en souricière?


Des solutions immédiates et possibles…

Est-il pensable qu’un couple comme Annie et Hugo pourrait en arriver à se séparer pour des questions aussi futiles, superficielles et matérialistes? Il y a d’autres valeurs bien plus primordiales, dirions-nous. On pourra alors leur servir des recettes déjà éprouvées : en faire une responsabilité commune; avoir un compte conjoint établi selon le partage équitable de leur revenu respectif ; établir un budget mensuel qui ne laisse pas trop d’imprévus et qui offre quelques marges de manœuvre si cela est possible; distinguer entre endettement et investissement; s’enquérir d’un planificateur financier qui répondra clairement à toutes leurs questions et les rassurera. Et quoi encore?

Attention surtout! C’est un leurre de croire que tout problème a sa solution et dans la même logique linéaire de penser qu’on peut le régler sans tenir compte d’un ensemble d’autres facteurs tout aussi problématiques.



Vers un déplacement nécessaire.

Le problème de notre couple est ailleurs que dans l’absence de solutions immédiates. Notre couple n’est-il pas simplement dans l’impasse du «je sais mieux que toi ce qui est bon pour nous deux et la famille»? Dans leur rapport à l’argent, Annie et Hugo opposent leur différence plutôt que de chercher à la conjuguer avec réalisme. Ils réagissent ainsi dans leurs peurs, légitimes ou non, face à l’inconnu et l’incertitude.


En consultation, Hugo a bien vite reconnu humblement: «Je me sens tellement responsable de tout. Je me fais tellement de pressions. Je suis toujours trop obsédé par la peur de ne pouvoir joindre les deux bouts. Je m’inquiète démesurément de notre avenir». Et pour sa part, Annie avoue : «Quand je me compare aux autres couples, j’ai l’impression qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens sans problème. Je les envie de pouvoir se payer tout ce qu’ils veulent. J’ai toujours eu tellement peur de ne pas paraître aussi bien que les autres. La simplicité volontaire, ce n’est vraiment pas dans ma soupe».


Ainsi, dans l’expression sincère de leurs sentiments, le couple a commencé à se reconnaître et à s’accueillir avec bienveillance sans rien banaliser de leurs vulnérabilités. Ils ont fait de leurs malentendus avec l’argent un réel espace de dialogue pour s’accompagner et s’entraider. Ils se heurtent encore parfois sur des décisions difficiles à prendre, mais ne font plus de leur rapport à l’argent une source permanente de conflits. Il en va toujours ainsi dans la communication émotionnelle : on ne se bat plus inutilement, il y a beaucoup trop à perdre.


«L’argent a le pouvoir qu’on lui donne». (Marie-Adèle Claisse)



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