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Infidélité, puis après !


Capsule # 4

Tout avait été très clair dès le début : «Si jamais tu me trompes, ce sera fini entre nous deux. Il n’y a rien à redire. Une personne avertie en vaut deux. C’est à toi d’y voir». Malgré de telles sommations et l’intention ferme des partenaires à rester fidèles, de nombreux sondages populaires et plusieurs études révèlent que «entre 15 et 25% des femmes et 20 à 30% des hommes vivent au moins une aventure extraconjugale au cours de leur vie»[1]. Conscients que l’infidélité dans une relation conjugale laisse des traces, sinon irréparables tout au moins indélébiles, celle-ci se vit dans l’anonymat le plus total possible, jusqu’au jour où éclate la vérité.


«Jamais il ne m’était venu à l’esprit qu’un jour je pourrais être infidèle à mon conjoint. Je suis sûre qu’il en était de même de son côté. Cela m’est pourtant arrivé, alors que notre couple traversait une période difficile. Mon conjoint était en dépression et cela durait depuis quelques mois. J’avais le sentiment de tout porter sur mes épaules. J’avais un grand besoin de faire le vide, de me libérer de trop de pressions et surtout de me sentir aimée et appréciée. C’est dans un état de confusion que j’ai rencontré un homme qui m’attirait beaucoup et j’ai succombé à ses avances. C’est arrivé une fois. Il n’y a pas eu de suite. Un moment d’égarement qui m’a rendu très coupable. Mon mari l’a su; je ne sais trop comment. Il était complètement désespéré et je m’en voulais énormément du mal que je lui faisais subir. La rupture nous a semblé inévitable malgré tout l’amour qu’on avait encore l’un pour l’autre.»


L’infidélité ou la quête d’un besoin d’intimité.

Les situations d’infidélité sont toutes différentes les unes des autres et n’ont pas à être comparées. La personne infidèle évoquera plusieurs motifs, plus ou moins sérieux, pour se justifier. Mais, en général, l’infidélité se présente dans un contexte où les liens affectifs du couple se sont effrités et l’intimité nettement appauvrie.

L’infidélité n’est-elle pas un signal d’alarme qui envoie le message que la relation de couple n’est plus épanouissante, ni affectivement, ni sexuellement? N’est-elle pas une fuite devant une impasse relationnelle plus ou moins avouée? Peut-on aussi parler d’infidélité passive de la part du partenaire qui se détache de l’autre dans le déni et l’absence de remise en question et qui pourra toujours dire : «Je ne t’ai jamais trompé, moi!» Ainsi l’infidélité ne serait pas tant la cause d’une séparation que l’aboutissement prévisible d’un vécu conjugal qui n’alimente plus le sentiment amoureux. Plus ou moins, le feu s’est éteint; on va donc se réchauffer ailleurs au risque de sacrifier ce qui a été si difficilement acquis au fil des années.


Que se passe-t-il suite à une infidélité?

Dans la majorité des cas l’infidélité est vécue comme une trahison. Une fois avouée, elle déclenche, chez la personne «trompée», une charge émotionnelle particulièrement intense d’où émergent le déni, la rage, la peine, la peur, l’impuissance et la culpabilité. Un sentiment profond et durable d’avoir été salie et rejetée refait sans cesse surface. Le doute s’installe et la perte de confiance semble définitive. Le désir de vengeance, de blesser autant que d’avoir été blessée, est presqu’impossible à contenir. Une crise conjugale s’ensuit. La personne infidèle, coincée entre le remord et le refus de perdre totalement la face, se réfugie dans le silence et l’évitement, tentant de son mieux de parer les coups. Le couple est sous le choc, placé devant des deuils importants à faire : «Rien ne sera plus jamais comme avant, qu’on se sépare ou qu’on demeure ensemble.» Est-il pensable d’en sortir grandi?


La grande question, toujours la même : «Y a-t-il une place possible pour le pardon suite à l’infidélité?» Tout en sachant que le pardon n’est ni effacer, ni oublier, ni excuser, et qu’il ne se donne pas seulement par un acte de volonté, comment peut-on espérer y arriver? Vivre le pardon, si essentiel à sa croissance personnelle, est un lent et patient processus de guérison de la blessure narcissique. Il n’est pas «quelque chose que nous accordons à autrui, mais plutôt un cadeau que nous nous faisons à nous-mêmes» (Y.Dallaire). C’est le chemin obligé pour rebâtir la confiance.

«Il faut choisir la fidélité par éthique et parce que l’on croit que c’est la

meilleure façon de vivre son intimité amoureuse»      

Dallaire, Yvon; Les couleurs de l’amour dans le couple; les éditions Québécor, 2011.


CDPEC

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